Lengas de França
Immortels et éternellement prétentieux
dimècres 3 de setembre de 2008, per Renat Mime
“Y en a assez de ces gens inertes qui, vêtus de vert ou pas, ne savent encore que massacrer nos langues» A défaut d’avoir le mot de la fin, Joan-Yves Royer aura celui du début. Dans sa chronique en occitan pour le quotidien La Provence il a fustigé à raison les académiciens. Ces derniers ne représentent qu’eux-mêmes et une certaine idée de la France, éternelle, royale, au dessus des Français. Une idée du XVIIè siècle, qui ressemblait bien à Richelieu, fondateur de l’Académie. Mais c’est aussi une idée plus que dépassée à l’orée du XXIè siècle, alors que la France se veut européenne, et qu’elle imagine un avenir différent pour la francophonie, de cette crispation qui a encore saisi Hélène Carrère d’Encausse, et ses trente-neuf affidés verts de rage.
Reconnaissons cependant qu’ils ne représentaient pas tout à fait qu’eux-mêmes en déclarant solennellement, le 16 juin, que le français serait mis en danger, et l’identité nationale avec, en cas d’entrée dans la Constitution de la protection des langues de France. Le biographe Pierre Assouline, à qui on doit une vie d’Hergé, et une autre d’Albert Londres, peut être compté parmi ceux qui ont entendu l’appel des verts poussière. Et c’était pour regretter que les habituels thuriféraires crispés de la France supposée éclairer le monde, se taisent par trop cette fois. «Où sont les Chevênement et Montebourg, les Tillinac et Debray» ? s’exclame t’il sur son blog. Et, jamais en mal de textes fondamentaux, il propose d’envoyer à chaque député un exemplaire de l’édit de Villers- Cotterêts, bâillon des peuples paré ici de toutes les vertus (lire ci contre l’article de Felip Martel). Ce n’est pas assez ! Notre tocsin humain fait appel à la Bible, qu’il paraphrase : «si je t’oublie, Villers-Cotterêts, que ma droite s’oublie, que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi...». Mais que fait donc Dieu quand sa fille aînée semble ainsi menacée ?! Et Dieu ne sera pas de trop dans cette affaire, pour essayer de minorer l’accord profond qui, en cette occasion, se réalise entre les Français et les députés qu’ils ont amenés au Palais Bourbon en 2007. Une très grande majorité de parlementaires, de tous partis, avaient voté le 22 mai dernier pour l’entrée des langues régionales dans un texte constitutionnel rafraîchi. C’est le quotidien Ouest-France qui, le 20 juin dernier, a indiqué à quel point les députés étaient soutenus en cela.
Selon ce sondage mené par CSA, 68% des Français sont favorables à la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Parmi eux ce sont les jeunes qui se montrent les plus favorables à cette décision : 80% des moins de trente ans. Et après cinquante ans ils sont toujours 58% à y être favorables. Il faut demander aux plus de 75 ans leur avis pour que «oui» et «non» s’équilibrent. Et les classes les plus populaires sont aussi les plus favorables aux langues régionales «constitutionnalisées» : 75% des ouvriers et employés. Pourtant cela ne signe pas une coupure avec les «élites», en tout cas celles de demain, puisque 80% des étudiants y sont aussi favorables. Même les Parisiens –on le sait, ce sont souvent des exilés pas volontaires- sont pour, à 69%. Alors ? France éternelle et au dessus des Français ? Ou République française, démocratique, où la représentation nationale est au dessus de tout ? Comme il doit être aujourd’hui difficile d’être académicien ou sénateur, et de répondre à ça !
On ne saurait sortir nos pauvres immortels du piège où ils se sont fourrés, sans les appeler à réformer leur idée de la francophonie. On le sait aujourd’hui c’est l’Académie qui avalise, ou non, les trouvailles de nos anciens colonisés, seuls pourtant à vraiment faire évoluer la langue française. Un intérêt marqué pour le québecois ou le breton, enfin reconnues à l’un ou l’autre titre langues de France, de l’attention pour le woloof, qui fut entendu par Senghor, n’affaiblirait pas le français, mais au contraire le rendrait fraternel à tous ceux qui aujourd’hui ont en vérité un intérêt pratique à verser dans l’anglais. Laissons venir les questions gênantes des observateurs étrangers : «si vous êtes contre la suprématie de l’anglais sur le français » apostrophe le filologue catalan Jaume Corbera (Universitat de les Illes Balears) «pourquoi prônez vous la suprématie du français sur le catalan, l’occitan…» ? Il fâchera si on ne peut l’ignorer. A qui sait essayer de répondre honnêtement avec les valeurs démocratiques, le débat sera aussi salutaire. Reste qu’une partie des réserves des ennemis du texte constitutionnel voté le 22 mai peut être entendue. La reconnaissance des langues régionales doit elle voisiner avec l’assurance que tous les Français sont égaux devant la loi ? Ne vaut il pas mieux la rétrograder à l’article 2, qui pose le français comme «langue de la République» où nos langues régionales seraient mieux à leur place ? Le président de l’Institut d’Estudis Occitan, David Grosclaude, le concède. « Les députés pourraient en seconde lecture rajouter à l’article 2 que la République «respecte et protège les langues régionales». Comme on sait désormais, c’est bien plus loin dans le texte constitutionnel que les députés ont, le 10 juillet, réintroduit les langues de France, au chapitre concernant les collectivités territoriales. Ce n’est pas neutre, nous y reviendront. Mais enfin, la Constitution n’établit pas de hiérarchie entre ses articles. Et cette fois-ci nous y sommes. Croisons les doigts pour que le Congrès confirme, et pour que les Immortels décident de se mettre en vacance ! ça nous en fera… Après quoi, comme souvent après l’orage, tout pourrait finir par des chansons ! Nous chanterions «Se canta», ça va de soi.